Agnès Souret

Première reine de beauté du Pays Basque et de France

En 1920 se déroule la toute première élection de Miss France. Bien sûr à l'époque la dénomination "Miss France" n'existe pas encore et l'organisation du concours est bien éloignée de ce que nous connaissons aujourd'hui. Il n'y a par exemple pas d'élues régionales et Agnès Souret ne porte d'ailleurs pas à proprement parler le titre de Miss Côte Basque. Néanmoins, dans les faits, la jeune femme est la toute première ambassadrice du Pays Basque à se présenter à un concours de beauté national. Finalement élue "plus belle femme de France", elle est considérée comme la première Miss France de l'histoire des miss.

Un peu d'histoire...

En 1920, Maurice de Waleffe, journaliste mondain, lance l’élection de "La plus belle femme de France". A Espelette, au cœur de notre Pays Basque, Agnès Souret rêve de devenir comédienne. La jeune femme de 17 ans veut croire en sa bonne étoile et voit dans ce nouveau concours une opportunité pour prendre son destin en main. Elle envoie donc une photo d’elle, en communiante, avec ce petit mot manuscrit "Monsieur, je me permets de vous demander si vous croyez que j’ai une chance d’être acceptée par le jury…". Son profil est finalement retenu par un jury composé de peintres, de sculpteurs, de photographes, de romancières et d’artistes.

 

Les jeunes femmes sont ensuite divisées en groupes de sept et identifiées par des noms de fleurs, de pierres précieuses ou d’oiseaux. C’est au cinéma, avant la projection des films, que les spectateurs sont invités à voter. En entrant dans la salle, ils reçoivent une carte postale avec les sept candidates de la semaine, leur photo et leurs caractéristiques : la couleur de leurs yeux, de leurs cheveux, leur teint et leur taille. Les portraits des participantes (en pied, en buste et en groupe) sont également diffusés sur l’écran. Chaque spectateur doit ensuite les classer par ordre de préférence, puis renvoyer la carte par la poste au quotidien Le Journal, partenaire de cette première élection. Avec 114 994 voix, Agnès Souret, "L’Émeraude", décroche le titre et remporte 4 000 francs, son portrait par un photographe d’art et un coffret d’essences rares. Maurice de Waleffe décrit alors la gagnante, dont le père est basque et la mère bretonne, par ces mots : "Cette fleur de nos Pyrénées brûlantes, atténuée par les brumes de l’Armorique, réalise l’idéal en demi-teinte qu’on appelle le charme français".

 

Auréolée de son titre, la vie de la jeune fille bascule, passant de l’ombre à la lumière. Elle débarque à Paris et découvre les joies du succès et de la renommée, tout comme nos Miss France actuelles.

"Cette fleur de nos Pyrénées brûlantes, atténuée par les brumes de l’Armorique, réalise l’idéal en demi-teinte qu’on appelle le charme français"

Maurice de Waleffe


La même année, elle réalise son rêve et décroche un rôle dans le film Le Lys du mont Saint-Michel. Sa vie se poursuit sur scène, notamment au ballet de l’Opéra de Monte-Carlo. Mais en 1928 son destin se brise tragiquement : alors en tournée en Argentine, elle décède subitement d’une péritonite à 26 ans. Elle est inhumée en son village natal d'Espelette, dans une tombe Art Déco réalisée par le sculpteur Lucien Danglade, élève de Charles Despiau. Petit édifice évoquant un édicule antique, en marbre rose, et décoré d’un vitrail, il est désormais classé monument historique.

 

Malgré sa courte vie, Agnès Souret reste la première élue d’un concours qui perdure encore, un nom qui a marqué à jamais l’histoire des Miss. En septembre 2002, Peggy Zlotkowski, Miss France 1989, a rendu hommage à cette première reine de beauté française, originaire d’Aquitaine comme elle, en commémorant le centenaire de sa naissance à Espelette.

Source : Miss France 1920-2020, Sylvie Tellier, Hors Collection Edi8, 2020.